La région de Saint-Louis a accueilli ce mardi un Comité régional de développement (CRD) consacré à la transition énergétique juste. La rencontre vise à renforcer l’appropriation territoriale du Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP) et à identifier les opportunités offertes par cette transformation aux populations et aux acteurs économiques locaux.
La transition énergétique s’invite au cœur des priorités de développement de la région de Saint-Louis. À travers un Comité régional de développement (CRD), les autorités ont engagé une réflexion avec les acteurs territoriaux sur les objectifs du JETP, mais aussi sur les besoins spécifiques de la région en matière d’énergie, d’investissements et de création d’emplois.
Dans son discours d’ouverture de la rencontre, la directrice de la Transition énergétique au ministère de l’Énergie et du Pétrole, Yaye Catherine Diop, a insisté sur la nécessité d’adapter cette transformation aux réalités des territoires.
« La transition énergétique ne peut être portée par une seule institution ou un seul secteur. Elle doit être une ambition collective et territoriale », a-t-elle souligné.
Selon elle, le Sénégal a engagé depuis 2012 une politique de promotion des énergies renouvelables. Leur part dans le mix électrique national est aujourd’hui estimée à environ 27 %. Avec l’accord de partenariat conclu en 2023 sur une transition énergétique juste, l’objectif est de porter cette part à 40 % à l’horizon 2030.
L’énergie au service du développement local
Pour les autorités, cette transformation du système énergétique doit répondre à plusieurs défis : renforcer la sécurité énergétique, réduire progressivement la dépendance aux énergies fossiles, lutter contre les effets du changement climatique et favoriser l’accès à une énergie durable et abordable. Mais elle doit également ouvrir de nouvelles perspectives économiques pour les territoires.
Avec plus d’un million d’habitants et une superficie d’environ 19 034 km², Saint-Louis connaît une progression démographique qui entraîne une hausse des besoins en électricité, en eau, en mobilité, en infrastructures et en emplois. Cette situation constitue, selon la directrice, à la fois un défi et une opportunité.
L’objectif est notamment de permettre à la jeunesse de la région d’accéder aux nouveaux métiers liés aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique et aux investissements verts.
La dimension productive occupe également une place centrale dans cette approche. L’électrification des localités ne doit pas se limiter au raccordement des ménages. Elle doit permettre le développement d’activités économiques : irrigation, transformation agricole, chambres froides, ateliers, élevage, conservation du lait, commerce, artisanat ou encore services numériques.
Dans une région où l’agriculture occupe une place majeure, l’accès à une énergie fiable apparaît comme un facteur déterminant de compétitivité.
La vallée du fleuve Sénégal, particulièrement dans les départements de Dagana et de Podor, dispose d’importantes possibilités pour l’agriculture irriguée. Le développement de solutions solaires pourrait notamment contribuer au pompage de l’eau, à la transformation du riz et des produits horticoles ainsi qu’à la conservation des productions.
L’élevage constitue également un secteur stratégique. La région abrite une importante zone sylvopastorale et dispose d’un cheptel estimé à plus de 650 000 bovins et plus de 2,1 millions de petits ruminants, selon les données citées de l’ANSD. L’énergie peut y jouer un rôle dans l’accès à l’eau, l’abreuvement du bétail, la conservation du lait et la transformation des produits d’élevage.
La pêche et l’aquaculture sont également concernées. La conservation des produits, la chaîne du froid, la transformation et le stockage nécessitent des sources d’énergie fiables. Le JETP entend ainsi contribuer à faire de l’énergie un véritable facteur de compétitivité pour les acteurs des différentes chaînes de valeur.
Un accès à l’électricité encore à renforcer
Malgré les progrès réalisés, des efforts restent nécessaires. Le taux d’accès à l’électricité dans la région est estimé à environ 82 %. Les données de l’ANSD citées lors de la rencontre indiquent par ailleurs que l’électricité constitue le principal mode d’éclairage pour 62,5 % des ménages, contre 21,5 % pour la lampe torche et 6,4 % pour le solaire.
Pour la cuisson, le bois demeure le principal combustible utilisé par les ménages, avec 54,1 %, devant le gaz (29,6 %) et le charbon (15,4 %).
Ces données illustrent l’importance des efforts à poursuivre en matière d’électrification, mais aussi de diversification des sources d’énergie et de développement de solutions modernes et accessibles.
La stratégie présentée lors du CRD accorde une attention particulière à l’emploi et à l’inclusion. Il s’agit notamment de favoriser l’émergence d’emplois verts dans l’installation, la maintenance, la fabrication, la gestion et la commercialisation des solutions énergétiques.
Les femmes et les jeunes sont appelés à occuper une place importante dans cette dynamique, notamment à travers le développement d’activités génératrices de revenus et l’accès aux nouveaux métiers de la transition énergétique.
Le ministère souhaite également renforcer les capacités des collectivités territoriales, des organisations professionnelles et des communautés afin qu’elles puissent participer davantage à la planification et au suivi des projets énergétiques.
Au-delà de la présentation des orientations nationales, le CRD doit servir d’espace de dialogue et de concertation. L’objectif est d’identifier les contraintes, les besoins et les opportunités propres à Saint-Louis afin d’intégrer davantage les réalités locales dans la mise en œuvre du JETP.
« Il ne s’agit pas simplement de présenter une stratégie déjà définie. Il s’agit surtout d’écouter les acteurs de Saint-Louis, de comprendre leurs contraintes, d’identifier les opportunités, de recueillir leurs propositions et de faire émerger des solutions concrètes et adaptées au territoire », a expliqué Yaye Catherine Diop.
Cette démarche doit être déployée dans les 14 régions du Sénégal. Les CRD seront complétés par d’autres forums et actions de communication destinés aux différentes catégories d’acteurs.
Accompagné par la coopération allemande GIZ à travers le Programme énergie durable, le ministère de l’Énergie et du Pétrole entend ainsi renforcer l’appropriation territoriale du JETP.







