« Monsieur le Président, il faut «sauver» la Css », Cheikh Mamoudou NIANG

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La semaine dernière, en exclusivité historique depuis fort longtemps, le très effacé Jean-Claude Mimran, Pdg de la Compagnie Sucrière Sénégalaise (Css) de Richard-Toll, a fait la «Une» de plusieurs grands médias privés du Sénégal. Pour que cet industriel accepte de communiquer ainsi directement, pour les «doués d’intelligence» … économique, c’est qu’il y a quelque chose que son cœur n’a pas pu retenir.
Beaucoup d’années ont passé depuis qu’il y a plus d’un demi-siècle, son grand pionnier et aventurier de père, Jacques Mimran, (après Madagascar, la Côte-d’Ivoire et le Maroc), a choisi une lointaine contrée aride du Nord du Sénégal, de s’installer pour y cultiver la canne à sucre sur près de 10 000 hectares puis de créer une usine pour la production de sucre blanc raffiné. Il débuta cet investissement risqué mais comme la chance sourit presque toujours aux audacieux investisseurs, son entreprise connut une réussite économique et débuta déjà avec près de 6000 salariés et au fil du temps en prospérité grandissante, son personnel passa à 8000 employés et devint le second employeur de notre Pays après l’Etat.
Cet âge d’or semble révolu selon son fils Jean-Claude. Dans son entretien avec la presse, il nous apprend deux informations terribles pour un chef d’entreprise : «Cela fait des années que la Css ne distribue plus de dividendes aux actionnaires» et «il y a 3 ans, j’ai dû apporter de l’argent personnel de mon compte de Suisse pour payer les Fournisseurs et les Salaires». Il évoque même une probable cessation de paiement. La faute, selon lui, due aux nombreuses Dipa (Déclarations d’importation de produits alimentaires) octroyées aux commerçants par le ministère du Commerce. Le Pdg de la Css a oublié la fraude du sucre en poudre venu des pays voisins et vendu dans notre pays, surtout dans la région de Saint-Louis et de Matam, y compris …à Richard-Toll, dans les marchés et rues, à quelques centaines de mètres de la Css. Nos douaniers font de leur mieux, il se dit même que la Css les appuie au mieux en logistique. Il apparaît donc clairement que l’Etat n’a pas mis tous les moyens nécessaires pour protéger la «Reine du walo», ce fleuron irremplaçable de notre économie nationale. Il urge donc que le président de la République protège davantage la Css. Il devrait demander au ministre des Finances, au ministre du Travail et à celui de la Sécurité une petite note relative à l’Apport financier de la Css au niveau du Trésor public et dans les caisses de l’Ipres et de la Caisse de sécurité sociale, nonobstant ses milliers de travailleurs employés. Il faut ajouter leurs centaines de sous-traitants et la Rse locale et nationalement répartie dans le pays entier. Tous les commerçants du pays importateurs de sucre, voir ailleurs de produits importés, réunis, en chiffres officiels déclarés (impôts, charges sociales et autres taxes très souvent minorés) ne peuvent pas rivaliser, même en tiers, en termes de Valeur ajoutée apportée par la Css dans notre économie. Cette société na jamais exigé d’avoir à vie le monopole d’exploitation du sucre. Elle demande simplement et fort équitablement aux entrepreneurs désirant évoluer dans son secteur de faire pareil, c’est-à-dire avoir des terres, cultiver la canne et créer une usine et de nombreux emplois. Fini le temps d’un fax et une secrétaire faiblement payée et d’un gardien sous-smicard non déclarés souvent aux Institutions de Prévoyance Sociale. Il y a eu déjà un précédent heureux au final, il s’agit du secteur de la cimenterie. La prestigieuse Sococim avait accepté avec élégance la concurrence qui a permis l’installation de la Cimenterie du Sahel et celle de Dangote. Ce fut tant mieux pour le pays et le consommateur, et la Sococim a résisté très bellement.
Monsieur le président de la République, un de vos anciens prédécesseurs, le Président Abdou Diouf, rêvait de faire de la Vallée du Sénégal, «la Californie agricole» de notre pays. Hélas, son vœu ne s’est pas encore réalisé. Entre temps, l’Etat, une continuité générationnelle perpétuelle, n’a pas su conserver les filières agricoles porteuses inspirées, créées après nos indépendances. La Tomate locale produite jadis par la Snti de Dagana et par la Socas à Savoigne, a été détruite par les importations sauvages de tomate. Des milliers de salariés dont de braves femmes cultivatrices, ont perdu leurs activités et leurs enfants contraints à l’émigration à Dakar ou vers Barça ou Barsakh. La Saed n’a pas encore trouvé la cadence tant souhaitée en aménagement des terres, plus irrigations et développement des cultures locales, en particulier notre précieux et incontournable riz de la vallée.
Monsieur le Président, le cri du cœur que vous venez de lancer à nouveau «produire ce que nous consommons et manger ce que nous consommons» vient à son heure pour le développement économique de notre pays. La guerre entre la Russie et l’Ukraine vient de nous rappeler notre vulnérabilité en matière de sécurité alimentaire. C’est pourquoi, Monsieur le président de la République, ainsi que tout votre gouvernement, en bienveillant suivi rapproché, je vous prie très respectueusement et patriotiquement de protéger les fleurons de notre économie nationale, à l’image actuelle de votre action et engagement fermes pour lutter contre la destruction de notre belle forêt casamançaise.
C’est l’unique choix vers un Sénégal résolument émergent garantissant l’emploi des jeunes en désarroi et tournés au quotidien en occupation vers les réseaux sociaux, tendance que vous venez de déplorer, il y a quelques jours.
Donc Monsieur le Président, il faut «sauver» la Css et le courageux et méritant soldat Mimran.
Par le Citoyen Cheikh Mamoudou NIANG
cheikkmam@yahoo.fr
BP 5405 Dakar-Fann

Source : https://lequotidien.sn/

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